"Rixe" ?

A Paris, près de 200 rixes ont été recensées en 2 ans par les services de la Ville entre janvier 2016 et la fin de l’année 2018, huit jeunes ont péri dans ces affrontements. En Seine-Saint-Denis également, la prégnance de cette problématique nous interpelle.

 

UNE CONDUITE A RISQUES ?


Les conduites à risques renvoient à « des pratiques excessives et/ou répétitives conduisant des personnes ou des groupes à se mettre en danger, sur le plan physique, psychologique ou social ». Ces conduites dites « à risques » répondent à un besoin de « s’éprouver », se sentir exister (1), agissent comme une « défense psychique » contre l’angoisse (2) ; et/ou comme une « conduite d’adaptation » à un environnement (3).


Les rixes désignent des affrontements violents dans l’espace public entre groupes de jeunes parfois armés. Cependant, le nombre important de termes employés pour désigner le phénomène (rixes, guerres de bandes, embrouilles, rivalités entre territoires, violences inter quartiers, lynchages…) montre la difficulté de définir l’objet « rixes » et donc de l’identifier et le prévenir.

Pour le comprendre, le registre de la délinquance se montre largement insuffisant voire contre-productif : les représentations médiatiques lient souvent rixes et trafics, contrôle de territoires, etc. Or, l’analyse sociologique montre que les rixes constituent une forme spécifique de violences, qui relèvent plus d’une délinquance d’« expression » que d’une délinquance « acquisitive ». Les motifs invoqués sont symboliques, de l’ordre de l’honneur, et non matériels. De plus, il ne s’agit pas de « bandes », au sens d’organisation hiérarchisée à but criminel, mais de groupes très mouvants de jeunes, liés entre eux par des logiques d’affiliations et des mécanismes de pression entre pairs.

Les jeunes qui y prennent part sont souvent en situation d’exclusion ou de rupture sociale et culturelle : les institutions, notamment l’école, ne représentent plus pour eux une source d’estime, de réalisation de soi. Ainsi, la participation à ces affrontements se fait en réponse à une angoisse psychosociale et constitue un moyen transgressif et à termes aliénant de répondre à un certain nombre de besoins : celui d’appartenir, de se sentir valorisé, etc.

 

IMPLICATION DE LA MMPCR

  • A Paris : des États Généraux à un plan d’action coordonné

Lancés par la Ville de Paris en octobre 2018, les États Généraux de la Prévention des Rixes ont été suivis d’ateliers qui ont réuni l’ensemble des acteurs concernés par cette problématique. La MMPCR a notamment copiloté avec la Préfecture de Police l’atelier « Les réseaux sociaux, espace de prévention et d’intervention » où était questionnée la corrélation entre réseaux sociaux et rixes.

Ces États Généraux ont abouti en juin 2019 à une politique publique coordonnée : la stratégie parisienne de prévention des rixes. La MMPCR y a notamment mis en avant l’approche « réduction des risques » dans la prévention des rixes.

  • Un documentaire sur la mobilisation de parents contre les rixes dans les 18ème et 19ème arrondissements

La MMPCR a également soutenu et financé la réalisation d’un film montrant la mobilisation contre les rixes de deux collectifs de parents dans les 18ème et 19ème arrondissements de Paris. Ce documentaire est aujourd’hui disponible en DVD : présentation de la démarche.

  • Un déjeuner-débat

Dans sa logique métropolitaine, la MMPCR a organisé un déjeuner débat à la Bourse du Travail de Bobigny (93) avec M. Gilbert Berlioz, consultant du cabinet Conseil, Recherche, Évaluation Sciences Sociales (CRESS) ayant coordonné les Etats Généraux à Paris.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Article Marwan Mohammed pour Le Monde : « Affrontements entre bandes : « La dynamique collective écrase les consciences individuelles » » > A lire

Article CAIRN Manuel Boucher : « Le retour des « bandes » de jeunes ? » > A lire

Base de données européenne : « EU Street Violence : Groupes de jeunes et violence dans l’espace public » du Forum Européen pour la Sécurité Urbaine > A voir